La recherche scientifique marine

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La recherche scientifique marine

M. Jean-Yves PERROT,

Président –directeur général d’IFREMER

            

La transition est toujours difficile. Je vais la faire en plusieurs temps. D’abord, en ma qualité de président du musée national de la marine, je voudrais vous inviter après cette merveilleuse présentation picturale, à profiter du week-end qui s’ouvre pour venir rendre visite et mon vice-président ne m’en voudra pas, non plus que certains membres de mon conseil d’administration qui sont ici, au salon des peintres de la Marine qui s’est ouvert hier soir. Je vous assure que le crû 2011 mérite véritablement le détour.

La deuxième observation qui va nous rapprocher du thème de ce colloque, c’est pour vous dire que la semaine qui s’achève a été une semaine faste pour l’action de l’Etat en mer en tout cas pour la définition stratégique de l’action de l’Etat en mer. Beaucoup d’entre nous en début de semaine étaient à Dunkerque à l’occasion des Assises de l’économie maritime organisées pour la 7ème année consécutive par le journal Les Echos et, à l’occasion de cette manifestation, la ministre en charge de la mer, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé une initiative tout à fait importante pour l’action de l’Etat en mer, à savoir que la France s’apprête dans les tout prochains jours à déposer auprès de l’autorité internationale des grands fonds marins de la Jamaïque, un permis d’exploration et peut-être demain un permis d’exploitation des ressources minérales profondes, dans le cadre des nouvelles dispositions qui sont désormais celles du droit de la mer, lesquelles autorisent l’exploration exclusive des grands fonds marins dans la zone internationale dans les très grandes profondeurs, sujet qui nous intéresse très directement à l’IFREMER. Je précise que la Russie et la Chine ont déjà ouvert la voie et ont déposé en ce qui les concerne des permis de même nature.

 

 

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Après les fresques magnifiques qui nous ont été brossées, il est un peu difficile de parler immédiatement de la dernière née des marines, donc de la marine scientifique,  et je le ferai très modestement. Vous me permettrez cependant de vous rappeler que notre établissement, l’Institut français de recherche et d’exploitation de la mer,  qui est à peine trentenaire, plonge ses racines dans le second Empire à travers l’Office scientifique et technique des pêches maritimes, second Empire dont Philippe Séguin a définitivement montré dans son livre Napoléon le Grand qu’il fut une période tout à fait faste pour notre pays, y compris dans le domaine maritime. L’IFREMER est un opérateur de recherche, et c’est à travers cette expérience, celle d’un EPIC placé sous une triple tutelle ministérielle que je vais essayer d’évoquer à la fois nos missions et la vision que nous donne cette expérience de la coordination de l’action de l’Etat en mer dans un domaine particulier, qui est celui de la recherche et de l’expertise.

 

Nous sommes placés sous une triple tutelle.

 

La tutelle principale est évidemment celle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, d’où viennent l’essentiel de nos concours publics à travers une subvention qui est inscrite au programme 187 de la LOLF, et qui représente environ 70% de nos recettes d’exploitation. La deuxième tutelle, c’est la tutelle historique : celle du ministère de l’agriculture en tant qu’il est en charge des activités de pêche, de pisciculture et aussi de conchyliculture. La troisième tutelle est celle du ministère de l’écologie, quelles que soient les déclinaisons qu’on lui donne dans la constitution successive des gouvernements, ministère désormais en charge de la mer et dont les attentes vont croissant, nourries à la fois par la demande sociétale et, plus prosaïquement, par la multiplication des normes communautaires relatives à l’environnement et au milieu marin, ainsi que par  leur transposition en droit français, par exemple la directive cadre sur l’eau, qui comporte un volet marin ou la directive cadre sur la stratégie du milieu marin, texte dont la complexité et le calendrier de mise en oeuvre soulèvent d’ailleurs aujourd’hui des difficultés considérables.

D’autres ministères, sans exercer formellement la tutelle de l’IFREMER, entretiennent cependant avec lui des liens étroits et sont à ce titre représentés au sein de notre conseil d’administration. Il en est ainsi d’abord du ministère des affaires étrangères parce que, comme chaque fois qu’il s’agit de la mer, notre théâtre d’opération est le monde et que nous avons à la fois à accompagner et à décliner dans nos domaines l’évolution du droit de la mer et parfois à recourir aux services de nos postes à l’étranger en particulier pour obtenir les autorisations nécessaires à nos campagnes dans les eaux territoriales d’autres Etats ce qui, chacun le sait, n’est jamais une mince affaire. Le ministère de la défense nationale est également très lié à l’IFREMER, en partie sans doute en raison des liens fondateurs entre le centre national d’exploitation des océans dont nous sommes issus et la Marine nationale, mais aussi et aujourd’hui surtout du fait de l’exploitation en commun de deux de nos bateaux avec le service hydro océanographique de la marine, à savoir le Beautemps-Beaupré et bien davantage encore le dernier né de la flotte océanographique française le Pourquoi-Pas, financé à 45% par le ministère de la défense nationale, la Marine nationale ayant 45% de l’utilisation de ce navire. Dernier ministère avec lequel nous entretenons des liens étroits : le ministère en charge de l’outremer dont je ne saurai trop souligner l’importance. Non pas tant en raison des moyens dont il dispose mais parce que, comme vous le savez tous ici, 97% de la superficie des eaux maritimes sous juridiction française se situent outremer. Outre leur importance quantitative, ces eaux représentent d’ailleurs un enjeu considérable pour l’exploitation des ressources halieutiques, minérales ou pour la connaissance et la protection de leur biodiversité particulièrement riche dont témoigne par exemple le classement en 2008 au patrimoine mondial de l’UNESCO du récif corallien de la Nouvelle Calédonie. Nous avons également évidemment des liens étroits avec le secrétariat général de la mer et je salue son secrétaire général Jean-François TALLEC, dont la vocation interministérielle est inscrite dans ses statuts et qui, à ce titre, assure notamment la coordination des travaux d’extension du plateau continental dans le cadre du nouveau droit de la mer.

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Comme vous pouvez l’imaginer, ce rappel sur le positionnement institutionnel assez complexe de l’IFREMER s’impose d’autant plus qu’une partie importante des missions de l’établissement au titre notamment de l’expertise et des réseaux de surveillance, relève de la logique des missions de service public. Chacun sait que l’IFREMER a été créé par un décret du 5 juin 1984 fusionnant l’Institut scientifique et technique des pêches maritimes et un organisme plus récent fondé en même temps que l’ANVAR et l’IRIA ancêtre de l’INRIA par une loi du 3 janvier 1967, le Centre national d’exploitation des océans. Aujourd’hui, l’IFREMER c’est un peu moins de 1350 collaborateurs, plus 350 personnes qui mettent en oeuvre la flotte scientifique, la taille d’une grosse PME, multi sites (5 centres, 25 stations et laboratoires) et surtout multi métiers, ce qui ne va pas sans quelques problèmes, y compris de coordination interministérielle. A l’époque de la fusion, comme toujours lorsqu’un texte crée un organisme nouveau, il faut un certain temps pour que les choses se mettent en place. Cette fusion, si elle n’est à l’époque contestée intellectuellement par personne, est cependant très diversement ressentie parce qu’elle agrège d’un côté ce que beaucoup considèrent alors comme une quasi administration (l’Institut scientifique et technique des pêches maritimes) et de l’autre, une sorte de commando mixte de militaires, d’ingénieurs et de scientifiques, dont la coresponsabilité au service des intérêts scientifiques de la France en mer à laquelle les convie cette fusion, ne peut masquer les différences de cultures et d’approches. En mars 2005 encore, à mon arrivée à la tête de cette maison, les premiers mots à ma grande surprise de tous les collaborateurs du siège que je passe saluer chacun dans leur bureau sont pour m’indiquer leur filiation, qui avec le CNEXO, qui avec l’ISTPM.

L’objectif de la fusion est clair : elle vise à l’époque à doter le France dans une vision intégrée qui n’est pas sans annoncer la vision d’une politique maritime intégrée plus globale à laquelle nous nous efforçons de participer dans nos domaines, d’un des établissements les plus intégrés au monde dans le domaine des sciences appliquées à la mer, apte, de ce fait, à jouer sur le râteau scientifique le plus large allant des géosciences à la biologie, en passant notamment par l’halieutique, l’aquaculture ou les technologies sous marines.

      

 

 

L’établissement se voit ainsi attribuer trois missions. Tout d’abord, la conduite de la recherche fondamentale et appliquée, ce sont les termes du décret, et le développement d’actions technologiques et industrielles destinées à connaître, à évaluer et à mettre en valeur les ressources de l’océan. Deuxième mission : l’amélioration des méthodes de protection et de mise en valeur de l’environnement marin. Troisième mission : le développement socioéconomique du monde maritime. 27 ans après la création de cet établissement et bien sûr sans aucun souci de perfectibilité, je voudrais évoquer brièvement devant vous quelques unes des réussites de cet établissement et de ses équipes.

Tout d’abord en ce qui concerne la connaissance et l’exploration des grands fonds marins. C’est à mes yeux le coeur de métier de l’IFREMER. Et en moins de 30 ans, le travail accompli dans ce domaine au service de la France est considérable et les résultats très significatifs. Qu’il s’agisse de la découverte de la vie dans les grandes profondeurs, de celle des sources hydrothermales ou par exemple de la découverte du flux natif d’hydrogène le plus important connu à ce jour. Qu’il s’agisse encore de la contribution à la connaissance et à l’analyse des risques liés aux avalanches sous marines et aux tsunamis. Qu’il s’agisse enfin de l’aide à la reconnaissance et à l’exploitation des ressources de pétrole et de gaz off shore à un moment où cette dimension représente une part grandissante aussi bien des réserves connues que de l’exploitation effective à des profondeurs de plus en plus impressionnantes.

Deuxième exemple de l’accomplissement des missions de l’établissement : l’extension continue et le perfectionnement des réseaux de surveillance qui sont mis en place et maintenus par les équipes de l’IFREMER. Système d’information halieutique, désormais déployé non seulement en métropole mais aussi Outremer, qui contribue à l’expertise des ressources halieutiques et à la prise de décision, notamment dans le cadre de la politique commune des pêches. Réseau phytoplanctonique dédié à la surveillance des phycotoxines. Réseau de surveillance microbiologique pour lequel l’IFREMER est à la fois laboratoire national et communautaire de référence. Autant d’instruments qui contribuent à une meilleure expertise de l’évolution de la ressource halieutique en même temps qu’à une bonne sécurité sanitaire et alimentaire dans le domaine notamment de la consommation des huîtres et des coquillages.

Troisième illustration de notre contribution à l’action de l’Etat en mer, la participation à la mise en oeuvre du programme EXTRAPLAC, programme d’extension du plateau continental juridique dans le cadre de l’évolution du droit de la mer. L’IFREMER assure, par délégation du secrétariat général de la mer, le secrétariat exécutif de ce processus au sein du système de l’ONU et nos équipes ont réalisé les campagnes à la mer nécessaires pour permettre à la France de déposer en temps utile les documents nécessaires pour permettre à notre pays de revendiquer des droits nouveaux, estimés à environ 1 million de km2 supplémentaires sur le plateau continental.

L’IFREMER est en outre devenu à l’échelle de l’Europe et du monde un des acteurs majeurs de l’océanographie opérationnelle en supportant par exemple 10% de l’effort mondial de déploiement d’un réseau, le réseau ARGO, qui, à partir de 3000 flotteurs, permet d’ausculter les variations de l’océan, notamment en termes de température et de salinité, données transmises ensuite par voie satellitaire à nos ordinateurs, et de contribuer ainsi à affiner la connaissance du rôle de l’océan dans les mécanismes d’évolution du climat.

Dans le domaine de l’expertise halieutique, l’IFREMER joue un rôle reconnu à l’échelle du monde dans le développement de l’approche écosystémique des pêches et dans la professionnalisation continue des avis rendus, en associant notamment, mieux que par le passé, scientifiques et pêcheurs, dans le cadre de campagnes récurrentes communes telles que, par exemple, la campagne PEGASE qui surveille chaque année la situation du stock d’anchois dans le golfe de Gascogne.

L’action de l’IFREMER, je me plais à le rappeler, a également été déterminante pour contribuer au développement de certaines filières économiques directement liées à la mer dans au moins deux des possessions ultramarines de la France : la Polynésie avec le développement de l’huître perlière qui constitue l’une des principales ressources de cet archipel, et la Nouvelle Calédonie avec la crevetticulture, qui a permis la création de 1000 emplois et contribué en outre à un certain rééquilibrage des activités économiques entre la province nord et la province sud.

Tous ces résultats ont été rendus possibles aussi grâce à la flotte océanographique opérée par l’IFREMER via le GIEGENAVIR qui regroupe 7 navires de surface dont le Pourquoi-Pas, un sous-marin de poche habité, le Nautil, engin téléopéré pour des missions de plus longue durée avec le Victor 6000 ainsi qu’avec la nouvelle génération des drones scientifiques, conçus pour descendre jusqu’à moins de 2800 mètres et qui sont utilisés principalement dans le domaine des géosciences et des ressources minérales profondes.

 

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Où se situent aujourd’hui nos risques, nos enjeux et nos défis ? A travers cette grille je vais retrouver à nouveau la question de la coordination de l’action de l’Etat en mer. Le premier enjeu, me semble-t-il, tient à la nécessité de maintenir la capacité de l’établissement à conduire durablement et de manière équilibrée et de front les 3 types de mission qui sont les siennes : recherche finalisée, expertise et surveillance, appui multiformes à l’économie maritime de notre pays. Dans ce domaine, le discours classique insiste non sans justesse de principe sur le continuum qui unit ces trois missions. L’expertise nourrit la recherche, et leurs applications respectives peuvent être mises au service d’une valorisation économique directe ou indirecte. La reconnaissance récente par le législateur de l’expertise comme étant l’une des missions de la recherche renforce encore ce continuum. Pour autant, cet équilibre est bien sûr fragile. La montée en puissance continue et considérable des demandes d’expertise issues des ministères techniques pour rendre des propositions dans des délais souvent très brefs sur des sujets les plus divers et le plus souvent à chaud sollicite des équipes souvent peu nombreuses dans des conditions qui concurrencent aujourd’hui bien évidemment leur capacité à mener parallèlement et sereinement des travaux de recherche. Bien des points distinguent et souvent opposent la démarche d’expertise et la démarche du chercheur : le degré de liberté sur le choix du sujet, le calendrier de conduite des travaux, la forme de leur restitution, l’usage auquel donnent lieu ces résultats. Si on y ajoute une clarification parfois encore incomplète et insuffisante des financements consacrés respectivement à l’une et à l’autre, on perçoit la difficulté qui peut naître de la coexistence de misions et de cultures de service public liés à l’expertise et de culture de la recherche. Sans doute cette difficulté n’est-elle pas propre à l’IFREMER. Il n’en demeure pas moins qu’elle y est fortement présente et qu’elle appellera sans doute des évolutions dans les temps à venir aussi bien en termes d’organisation interne qu’en termes de moyens supplémentaires.

Le second risque, et par conséquent le second défi que nous avons à relever, serait de glisser subrepticement d’une réalité, l’IFREMER est aujourd’hui un des établissements les plus intégrés au monde dans le domaine des sciences marines, à une fiction, selon laquelle rien de ce qui est marin ne nous serait inaccessible seuls. La tentation d’un tel glissement se nourrit évidemment à l’extérieur de l’établissement et notamment dans les différents ministères qui sont censés coordonner son action. La meilleure façon de conjurer ces risques est de nous redonner collectivement des défis qui soient à la hauteur aussi bien de l’histoire dont nous sommes les héritiers que des potentialités considérables que recèlent la connaissance, l’exploration et l’exploitation des ressources de la mer. A ce titre, le premier impératif est d’enraciner en permanence et au besoin de ré enraciner l’établissement dans le monde de la recherche, afin précisément d’équilibrer la pression externe, croissante et continue en faveur des missions d’observation et de surveillance, ne serait-ce que parce qu’il est évident qu’il n’y a pas de bonne surveillance et de bonne expertise possible sans un effort de recherche préalable et parallèle. C’est dans cet esprit par exemple que l’IFREMER a décidé ces dernières années de subordonner l’accès au grade le plus élevé de la filière scientifique à l’intérieur de l’établissement à la soutenance préalable d’une habilitation à diriger des recherches. Grâce à cette mesure, le nombre de doctorants encadrés par les personnels appartenant à l’établissement a été doublé en moins de 4 ans. Dans le même esprit, nous développons bien sûr de nouvelles collaborations avec les universités : l’ université Pierre et Marie Curie, mais aussi l’ensemble des universités du littoral et ce, aussi bien dans le domaine des sciences dites dures que dans celui des sciences humaines et sociales, avec, par exemple la création d’une chaire mixte dans le domaine économique entre l’IFREMER et l’université de Bretagne occidentale à Brest où se trouve notre centre le plus important.

Le deuxième défi et il est au coeur de beaucoup de contradictions dans la coordination interministérielle en matière scientifique, est de mettre l’IFREMER à la pointe de la clarification et de la valorisation individuelle et collective de l’expertise. M’étant vu confier personnellement en 2008 par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, à la suite du Grenelle de l’environnement, la mission de réfléchir à une charte nationale de l’expertise, j’ai remis en début d’année 2010, après un avis du Conseil supérieur de la recherche et de la technologie, un projet de charte nationale qui a vocation, et c’est désormais le cas puisqu’il a été adopté par tous les établissements de recherche, à servir de chapeau à toutes les chartes d’expertise des établissements qui en pratiquent. Cette charte peut évidemment être complétée pour chacun d’entre eux avec des dispositions compatibles et tenant compte du particularisme de leurs missions et de leur environnement. Mais ce dispositif ne vaudra dans la durée que si parallèlement, le ministère de la recherche organise, comme nous l’avons préconisé, un meilleur suivi et une meilleure valorisation de l’expertise, y compris au sein des universités.

 Le troisième défi auquel nous sommes confrontés est celui de rester un des acteurs majeurs de la recherche marine dans le monde et d’abord en Europe. Dans ce domaine comme dans tous les autres, les changements s’accélèrent et nous imposent à la fois une action de veille comparative avec l’appui notamment des services scientifiques de nos ambassades, mais aussi de lobbying efficace auprès du système communautaire en même temps qu’une exigence d’adaptation. Sur ce point, la communauté française des sciences marines, et nous sommes sans doute renvoyés aux fondamentaux des relations entre la mer et notre pays, est peu relayée socio politiquement. Notamment si on la compare aux grandes communautés biomédicales et agroalimentaires. Elle a donc besoin de mieux se structurer. Tel est l’un des objectifs de l’Alliance pour l’environnement issue notamment des Grenelle de l’environnement et de la mer, et qui regroupe aujourd’hui la plupart des établissements intervenant dans le domaine des sciences marines, du CNRS au CEA en passant par le BRGM, le CEMAGREF, le CIRAD, la Conférence des universités, Météo France et le Muséum national d’histoire naturelle. A un moment où les grandes nations scientifiques dans le domaine marin, que sont, en Europe, la Grande-Bretagne et l’Allemagne tendent à mieux structurer les communautés concernées, il conviendra d’être particulièrement attentif au sort qui sera réservé aux sciences de la mer au sein d’AllEnvi et tout cela passe aussi par une coordination efficace entre les ministères.

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Je voudrais conclure cet exposé en évoquant les moments qui sont sans doute les plus significatifs de la qualité de la coordination interministérielle dans le domaine scientifique. Ces moments, ce sont d’abord ceux de l’élaboration des contrats d’objectifs qui lient les établissements de recherche à leur ministère de tutelle. Comme vous savez, la tendance aujourd’hui est de faire de ces contrats des contrats d’objectifs et non plus des contrats d’objectifs et de moyens. La densité de la qualité de la coordination interministérielle qui en résulte ne s’en trouve pas nécessairement améliorée. L’absence de toute référence explicite aux moyens budgétaires mis en oeuvre pour les 4 ou 5 années qui accompagnent désormais l’élaboration de ces contrats, constitue une chance de moins pour la coordination interministérielle de s’exercer. Et l’expérience qui m’a déjà été donnée d’un premier contrat d’objectifs me donne à penser que voilà bien un domaine dans lequel la coordination interministérielle gagnerait à être améliorée. Le deuxième temps particulièrement important de la coordination de l’Etat sur nos sujets c’est évidemment le temps de l’évaluation ex post. De ce point de vue, les progrès sont là aussi je crois tout à fait insuffisants. D’un côté chaque ministère diligente des missions d’inspection qui sont souvent très cloisonnées et limitées à son seul champ. Et de l’autre, l’agence d’évaluation de la recherche qui est une création récente dotée d’une mission difficile dans un pays où la culture de l’évaluation reste largement encore en voie d’acclimatation, a tendance dans ses propres investigations à développer des critères d’appréciation et d’évaluation ex post qui sont complètement déconnectés des exigences que les ministères de leur côté tendent à nous proposer ou à nous imposer dans les documents contractuels.

Telles sont quelques réflexions que je tire de cette expérience d’un opérateur de recherche, qui s’efforce, pour ce qui le concerne, dans le cadre de ses missions d’être un acteur de la politique maritime intégrée de notre pays dont l’adoption doit beaucoup aux deux secrétaires généraux de la mer successifs ici présents, le Livre bleu sur la mer a été un des temps forts qu’il nous appartient désormais de décliner. L’IFSA, en évoquant pour ses travaux de cette année la coordination de l’action de l’Etat en mer, a bien fait, car c’est un sujet hautement perfectible et je forme le voeu que les travaux d’aujourd’hui permettent d’y contribuer.